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Si Arisitide Bruant n'est pas un acteur de premier plan de la langue française, il a toutefois beaucoup contribué à la diffusion de l'argot et d'une image stéréotypée du milieu argotier. Chansonnier très célèbre à une époque où la chanson est un mode de communication beaucoup plus riche qu'aujourd'hui, il a reçu dans ses différents cabarets tout ce que Paris comportait de noceurs et autres noctambules. La presse, la littérature, les chroniques en ont fait un pillier de la vie parisienne, de la fin du XIXe siècle jusqu'à la première guerre mondiale. Ses chansons ont été maintes fois reprises et imitées et nul doute qu'elles ont contribué à propager un lexique tabou, plus ou mois sulfureux. Aujourd'hui encore elles sont chantées - par Renaud, piètre succédané des chansonniers, mais pas seulement - et finalement assez connues.
La question de l'authenticité de l'argot de Bruant serait sans doute intéressante à poser mais il est certain qu'il a authentifié avec sa geste populiste ce qu'il pouvait avoir inventé.
_note : si vous voyez des éléments erronés, des oublis, un article intéressant sur Bruant que j'ignore, si vous avez des documents ou des suggestions, n'hésitez pas à passer par le forum pour améliorer cette page. Tous les éléments biographiques et bibliographiques concernant bruant m'intéressent. Merci.

Aristide Bruant (1851-1925) a consacré une chanson à chacun des quartiers de Paris, toutes bâties sur deux ou trois mêmes modèles et réutilisant les mêmes airs (les mêmes " timbres ") empruntés à des cantiques ou à des complaintes. Ce " barde du pays " a créé un style original où la critique sociale va de pair avec une tendresse pour le petit peuple, les prostituées et les voyous, et s’exprime avec verve dans une langue colorée et argotique. Mais son répertoire comprend également des monologues et des chansons patriotiques, genre par lequel il débuta. Ce disque de chansons réalistes, édité par Orphée, constitue l’exemple d’un artiste dont le nom a été labellisé. Une publicité de l’époque mentionne que, sous ce label, Bruant enregistre en personne ses propres chansons pour la première fois. La Maison Pathé fixe nombre de ses succès avec la mention Répertoire Bruant.

Biographie d'Aristide Bruant
1851 (6 mai) - Naissance de Louis Armand Aristide Bruand à Courtenay.

Bonnes études à Sens
La famille, qui avait de l'aisance, gère mal son patrimoine et tente de se refaire à Paris

1863 - Premières vacances à Paris d'AB où il résidera plus tard (1868?) ; situation financière de la famille très dégradée

Interruption des études d'AB
Hante le petit monde parisien
Travaille chez un avoué

1870 - Guerre : rentre à Courtenay où il s'engage comme franc-tireur

Travaille chez un joailler (aprenti, ouvrier)

1875 - Expéditionnaire aux chemins de fer du Nord

Commence à chanter dans les cafés-concerts : essentiellement des textes légers et grivois
Succès modeste qui lui permet de poursuivre dans la chanson ; ascencion
Il a son affiche, se compose un premier costume de scène assez dandy. Remplace le D de son nom original par un T : Bruant
Démissionne des chemins de fer pour se consacrer à la chanson

1880 - Service militaire (28 j.) au 113e de ligne à Melun : en profite pour écrire quelques textes dont le fameux V'là l'cent-treizième qui passe !

Continue de se produire dans divers caf' conc' avec ascencion
Fait la connaissance de Jules Jouy, ouvrier, poète, chansonnier, politiquement engagé

AB peaufine sa mise : le sombrebro remplace le huit-reflets, bottes, écharpe sur les épaules et oriente son répertoire vers les misérables et le petit peuple de la rue ; veine réaliste, chants de barrières. Connaissance du milieu avec l'aide de Méténier, alors secrétaire d'un commissaire de police du quartier Maubert. Méténier lui aurait fourni des 'documents' sur les escarpes, l'argot etc. Il resteront longtemps liés et se feront mutuellement des hommages (cf. le Bruant de Méténier).

1881 - Présenté par Jouy, s'installe au Chat Noir (boulevard Rochechouart), propriété de Rodolphe Salis, en compagnie de nombreux artistes montmartrois.

Création des chansons les plus populaires.
Mais pas encore la fortune : c'est la vie d'artiste.

Rixe au Chat Noir : des voyous tuent un serveur, blessent Salis qui se réfugiera dans un quartier plus sûr.

Le Chat Noir déménage donc rue de Laval : le 'standing' n'y est plus le même : évolution vers le luxe de l'établissement de Salis ;
Bruant en profite pour reprendre l'ancien local et montrer sa propre affaire : naissance du Mirliton.
Son cabaret, connu pour les insultes rituelles lancées aux clients et aux amis, va connaître la gloire, y compris parmi le Tout-Paris qui veut 'se faire engueuler'. Souvent décrit dans la littérature pittoresque de l'époque et dans la presse, le Mirliton est en vogue

AB habite à Montmartre (rue Cortot), qui est riche en cabarets et autres caf' conc' et présente, à l'époque, quelque chose de campagnard (moulins et vignes n'y sont pas imaginaires)

AB achète la Lapin Agile (ou à Gill, auteur de l'enseigne) mais ne l'exploite pas personnellement

1886 - Rencontre avec Courteline

AB devient, prend (ou se donne ?) le titre de 'chansonnier populaire' ; aisance financière

Crée un journal : Le Mirliton 'paraissant irrégulièrement une douzaine de fois par an' où collaborent les artistes de Montmartre dont, parmi les illustrateurs, Stenlein (Jean Caillou) et Toulouse-Lautrec (Trécleau) ; directeur, Camille de Sainte-Croix ; secrétaire de rédaction est Courteline (Georges Moinaux)

Le 'grand monde', ducs et duchesses, etc., vient au Mirliton, particulièrement le vendredi, jour 'chic'

Yvette Guilbert a des chansons de Bruant à son répertoire
Nombreux imitateurs ; le 'style' Bruant se vend bien ; le Mirliton est même représenté au Nouveau-Théâtre (1891) avec Félicia Mallet pour interprète principale

Le Mirliton est déménagé au Concert des Ambassadeurs (Champs-Elysées) ; affiche de Toulouse-Lautrec ; première a lieu le 3 juin 1892

Fait des tournées en France (succès) et à l'étranger (Algérie)

Possède à Courtenay une demeure qui fait de lui un châtelain

1891 - Difficulté à intégrer la Société des Gens de Lettres : Bruant a publié avec succès les recueils Dans la Rue et Sur la Route mais reste considéré comme un "chansonnier" ; Coppée le parraine (lettre du 21 avril) mais ne sera finalement agréé sociétaire qu'en 1904, le 20 juin.

AB se marie avec Mathilde de Tarquini d'Or, chanteuse (opéra comique)

1897 - Publication des Bas-Fonds de Paris, dans la lignée des Mystères de Paris et des grands romans populaires - entreprise lucrative - (collaboration de Arthur Bernède ou Michel Morphy?). Edition complétée en 1901 par son dictionnaire d'argot : l'Argot au XXe siècle (écrit en collaboration avec Léon de Bercy - Blédor - dont le nom n'apparaît pas)

1898 - Aristide Bruant entame ses activités politiques au sens strict : il se présente comme 'Candidiat du Peuple' aux Législatives de 1895 à Belleville Saint-Fargeau. Son affiche électorale le désigne comme 'républicain', 'patriote' et 'socialiste' ennemi 'de la féodalité capitaliste et de la juiverie cosmopolite'. Populisme, démagogie et antisémisitme. Échec cuisant (5% des voix) mais il reste populaire dans son registre artistique.

Aristide Bruant a cédé le Mirliton (en 1895 ?) et gère, avec sa femme, le café-concert de ses débuts : l'Époque, boulevard Beaumarchais qu'il finira par abandonner (en 1905 ?) pour retourner à Courtenay. Il a publié La Lanterne de Bruant.
Anticlérical, il n'en fait pas moins donner à son fils, futur Saint-Cyrien, une éducation religieuse sérieuse ; meurt en 1917 au combat
S'occupe de sa propriété ; ne vit plus à Paris ; peu de tours de chant

1908 - Aristide Bruant publie La Loupiote (en collaboration avec Arthur Bernède)

1911 - Aristide Bruant publie Les Amours de la Pouliche

1912 - Aristide Bruant et Arthur Bernède créent Coeur de Française (la guerre approche...)

1913 - Publication des Trois Légionnaires

1914 - Publication de Serrez vos rangs !

1915 - Publication de L'alsacienne

1919 - Publication de Tête de Boche

1920 - Fleur de Pavé (roman populaire mélo montmartrois)

1921 - Publication de Captive ; suivie de Le Coeur Cassé

1924 (novembre) - Derniers tours de chant à l'Empire

1925 - Publication des Princesses du Trottoir

1925 (10 février) - Mort d'Aristide Bruant à 74 ans ; enterré au cimetière de Subligny, près de Sens

1929 - Publication posthume (et écrit par un nègre) de Fleurs de Montmartre

Biliographie (les ouvrages consultés pour cette fiche sont marqués d'une *)


de Bruant


Recueils de chansons :
Dans la Rue, Chansons et monologues, 2 vol. in-16, ill. Steinlein, 1889 et 1895, en vente au Mirliton, Paris (un édition en un volume, sous-titrée Poèmes et chansons choisis, a paru en 1924 chez Rey, précédée de 'Quelques souvenirs d'Aristide Bruant pour servir de Préface)
Sur la Route, Chansons et monologues, in-16, ill. de Borgex, 1899, en vente chez l'auteur, château de Courtenay
Chansons et Monologues, 3 vol. in-8, E. Geoffroy, Paris, 1896-1897
(ces 3 volumes reprennent les pièces des recueils précédents auxquelles ont été ajoutées des chansons antérieures ; ils ont été réédités par les éditions Martinsart)
[sélection de chansons, poèmes et monologues], préface Marcel Mouloudji, Paris, Seghers, 1972
Romans, théâtre, dictionnaire d'argot :
Les Bas-Fonds de Paris, 3 vol. in-8, Rouff, Paris, 1897
L'Argot au XXe siècle, dictionnaire français-argot, in-8,Paris, Flammarion, 1901
La Loupiote, in-16, Paris, Tallandier, 1908 (de La Loupiote, Arthur Bernède a tiré un drame en cinq actes représenté au théâtre Molière le 5 mars 1909)
Aux Bat' d'Af, in-4, Paris, Librairie contemporaine, 1911
Coeur de Française, drame en 5 actes et huit tableaux (en collaboration avec Arthur Bernède), créé à l'Ambigu, le 23 octobre 1912
Les Trois Légionnaires, in-16, Paris, Tallandier, 1913
Serrez vos rangs !, in-16, Paris, Tallandier, 1914
L'Alsacienne, in-16, Paris, Tallandier, 1915
Tête de Boche, in-16, Paris, Tallandier, 1919
Fleur de Pavé, in-16, Paris, Tallandier, 1920
Captive, in-16, Paris, Tallandier, 1921
Le Coeur cassé, in-16, Paris, Tallandier, 1921
Les Princesses du Trottoir, in-8, Paris, Ferenzi, 1925

Journaux :
Le Mirliton, 1885-1894 (mensuel puis bi-mensuel puis hebdomadaire)
La Lanterne de Bruant, 1897-1899 (publication hebdomadaire en livraisons de 24 pages, dirigée par Aristide Bruant)

sur Aristide Bruant
Oscar Méténier, Aristide Bruant, La Plume, 01/02/1891 (numéro spécial sur Bruant) [1891 ou 1902?]
Georges Courteline, Chez Bruant, Revue Illustrée, 15/01/1897
Léon de Bercy, Montmartre et ses chansons (Poètes et chansonniers), in-8, Paris, Daragon, 1902, pp.49-66
Laurent Tailhade, Aristide Bruant, Les chansonniers de Montmartre, 5/03/1906
Laurent Tailhade, Plâtres et marbres
*Jeanne Landre, Aristide Bruant, in-16, Nouvelle Société d'Édition, Paris, 1930
Alexandre Zévaès, Aristide Bruant, La Nouvelle Revue Critique, Paris, 1943, 115p.
Gérard Bauer, article dans Paris-Presse, 17/05/1951
Francis Carco, La Belle Epoque au temps de Bruant, Paris, Gallimard, 1954
*Marc Moneraye, Philippe Chauveau et Jean Buzelin, Livret du double compact disc, A Montmertre, EPM
*Henri Marc, Aristide Bruant, Le maître de la rue, Paris, éd. France Empire, 1989, 174p., biblio., illus. [livre absolument médiocre, copié collé d'après Jeanne Landre ; à se demander s'il y a eu un minimum de recherche ; c'est vraiment se moquer du monde]

Discographie
Aristide Bruant, A Montmertre - enregistrements originaux 1905-1914, 2 cd+livret (26+24 titres), EPM : intéressant mais le son est vraiment pénible (c'est vraiment d'origine pas de 'remasterisation')
Aristide Bruant, coffret comprenant les deux volumes Dans la Rue et le volume Sur la route, accompagné de 2 CD en enregistrement original, aux éditions Martinsart)

Sur internet
Aristide Bruant sur UdeNap
Aristide Bruant sur Le Chat Noir
Voir aussi dans mon annuaire de liens, section argot
La suite de l'article : Aristide Bruant

Le site officiel de la butte montmartre, ses musees, ses cabarets,ses restaurants, ses hotels.

La rue des Martyrs commence rue Notre-Dame de Lorette dans le 9ème arrondissement et monte jusqu’à la rue de la Vieuville à Montmartre, au pied de la Basilique du Sacré-Coeur dans le 18ème. Le boulevard de Clichy sépare les deux arrondissements.

Dernière section du très vieux chemin, qui par les rues de Montmartre et du Faubourg Montmartre, conduisait de Lutèce à la Butte Montmartre, anciennement nommée rue des Porcherons, elle reçut en 1726 son appellation actuelle due à ce qu’elle conduisait vers Montmartre - Sanctum Martyrium ou mont des Martyrs- où, selon la tradition, Saint-Denis et ses compagnons Saint-Eleuthere et Saint-Rustique avaient été décapités.

De 1793 à 1806, elle prit le nom du Champ de Repos.

Cette rue fut séparée en deux, en 1887, par le mur des Fermiers Généraux à la barrière des Martyrs (rencontre du Boulevard de Clichy et du Boulevard Rochechouart), c'est à dire la place Pigalle.

La section intra-muros, qui nous concerne, comptait 25 cabarets sur 58 maisons, dont le Bœuf rouge.

Au 48 habitait le peintre Géricault, il y mourut le 18 Janvier 1824 des suites d’une chute de cheval contre le mur des Fermiers généraux, à la barrière des Martyrs. Béranger y logea aussi en 1825.

Au 75 existait, en 1861, la Brasserie des Martyrs que fréquentaient Baudelaire, Aurélien Scholl, Vallès et des bohèmes faméliques. Banville disait que c’était l’endroit "où l’on causait le plus et on buvait le moins".

Les rues avoisinantes ne manquent pas non plus de souvenirs historiques. Delacroix habitait rue Notre Dame de Lorette, Henri Rochefort habitait cité Malesherbes. Delcassé était propriétaire de l’immeuble n° 11 Boulevard de Clichy et eut comme locataire, en 1909 Picasso, alors âgé de 28 ans. Daumier habitait le 36 du même Boulevard entre 1869 et 1873. Le célèbre "Chat Noir", puis Aristide Bruand se succèdèrent au 84 du Boulevard Rochechouart.

Maintenant, notre quartier est fréquenté par de nombreux touristes qui découvrent le Sacré-Coeur et les peintres de la place du Tertre, ou des cabarets et la vie nocturne de la place Pigalle et des rues avoisinantes (Piga1le, Blanche, V.Massé).

u cœur de cette effervescence, la Butte-Montmarte fait figure de lieu emblématique. En 1891, la basilique Notre-Dame du Sacré-Cœur est inaugurée en grande pompe. Chapotant la Butte Montmartre, on espère ainsi redorer le blason de cette colline bien malfamée. Mais contrairement à toute attente, la cohabitation entre ce lieu saint et ses flancs plus sulfureux donne un cachet suplémentaire à ce haut lieu de la vie parisienne. Marginaux, artistes et saltimbanques continuent à fréquenter les cabarets, Music-Hall et cafés toujours plus nombreux tandis que bourgeois, aristocrates et demi-mondaines, attirés par les plaisirs nocturnes y prendront leurs habitudes. Les cafés-concerts deviennent le symbole même de ce brassage social et culturel. Ouvriers, artistes, bourgeois et aristocrates se retrouvent à la même table dans une joyeuse atmosphère de fête et de frivolité. Parmi ces cabarets artistiques certains resteront célèbres : le Chat Noir, avec ses riches décors réalisés par Caran d'Ache, le Mirliton, les Folies-Bergère, Le Moulin Rouge... On y écoute les chansons anti-conformistes d'Aristide Bruand, chantre de la marginalité, des prostituées, des chômeurs et de tout un "petit peuple" jusqu'alors méprisé par les artistes.
Les cercles littéraires tels que Les Hydropathes fondé par le Bohémien Emile Goudeau ou Les Incohérents et leur prédilection pour la satire politique, y ont pignon sur rue. Les artistes-peintres y trouvent leur inspiration. Parmi eux, Toulouse-Lautrec, fidèle des lieux, immortalisera ces scènes baroques, colorées, à mi-chemin entre les divertissements les plus fous et le tragique de la vie du petit peuple dans des tableaux restés célèbres comme Le Chat Noir ou La Goulue.

"Les mêmes coins abritent les mêmes gens. Sous les colonnes rouges, les solives peintes, dans ce décor de palais barbare, roulent les mêmes types, danseurs et danseuses liés ventre à ventre dans la communion du rythme, mecs et graines de mecs, combinards, vendeurs de neige ou de tuyaux, marchands de viande ou de plaisir, artistes, flâneurs, michetons, lames de fond que n'absorbe pas la grande houle humaine des étrangers curieux. A cet élément mâle s'enlace l'élément femelle, putains, demi-filles, bourgeoises, lesbiennes, et brasseuses d'affaires. Tout se mêle, se fond et se confond dans le lent tourbillon qui, de la piste, gagne les pourtours et les promenoirs."
Henry-Jacques. Moulin Rouge - 1925

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2010/07/23 - 16:22:24 date de derniere mise à jour